...par l'écriture

La bague : je Nœud veux que toi

Bague créée en octobre 2014 Pâte polymère
Bague créée en octobre 2014
Pâte polymère / FIMO

Elles sont rares les histoires d’amour qui ne finissent pas mal. En général. J’en ai pourtant une à vous conter. Sans le balcon de Juliette, ni course sur cheval blanc cheveux et robe au vent. Une histoire simple. Une histoire d’amour d’une époque révolue où nos grands parents n’avaient pas encore les cheveux blancs et où adsl ne voulait rien dire. Tout était plus lent. Il existait le temps de s’aimer.

Elle approchait l’aube de ses vingts ans. Il quittait l’aune de ses vingt-cinq ans. Elle rêvait de voyages. Il voulait voir le monde. Ils vivaient pourtant dans une campagne éloignée des villes. Leurs parents étaient des agriculteurs et la terre était leurs destins. Il se sont unis un jour de soleil 1950. Une fille et un garçon, nés tous deux un même jour de fin d’automne ont rendu charnelle et éternelle cette histoire d’amour. Ils ont vu le monde. Ils ont vécu sur mille terres lointaines où le sol est aride et le soleil sec. Ils retournaient dans leur campagne loin des villes pour les vacances.

65 ans plus tard, il est parti. Il avait aimé, il avait construit, son heure était venue. Elle, est restée. Contrairement aux apparences, à sa fragilité que l’on pouvait toucher du bout des doigts, c’est elle qui a tenu le choc de cette vie. On pourrait croire au mot fin d’une histoire d’amour. Ils s’aimaient. Il est parti. On pourrait croire à la dernière scène d’un mauvais film. Mais l’histoire d’amour continue.
Les liens qui demeuraient entre eux au-delà de l’au-delà, c’était leurs jumeaux et cette bague de mariage qu’elle portait toujours avec autant d’amour après 65 ans.
Un matin, devant la glace, en coiffant ses cheveux qu’elle tenait à garder d’un noir brillant, elle s’aperçut que la bague n’était plus à son doigt. Il faut dire que son corps avait fondu à la tristesse de la solitude et du manque. Elle riait toujours avec ses petits-enfants, toujours enthousiaste à l’idée de courir après la modernité des temps sauvages pour rendre fière sa relève. Mais le corps ne trahit jamais le tréfonds des pensées. Elle était heureuse de savourer, de partager des heures familiales mais quand les bambins joueurs partaient pour retourner à leurs devoirs et quotidiens parisiens, la tristesse reprenait sa place de premier rôle. Quand elle s’aperçut de l’absence de cette bague de mariage, elle crut pleurer. C’était son lien avec lui, avec la chaleur de son amour encore présente sur sa main.
Était-ce un signe ? De l’absence, la vraie, Il n’y avait donc plus rien après la mort et la perte de cette bague en était la preuve ? Elle mis une autre bague à la place. Le vide était trop grand. L’hiver passa. Elle y pensa souvent puis un peu moins. Les oiseaux revinrent chanter à sa fenêtre. Le printemps tanguait dans le jardin annonçant des journées joyeuses d’enfants et de petits-enfants.
Comme souvent pendant les beaux jours, elle s’asseyait sur une chaise de son jardin pour boire son café avec les oiseaux et son chat. Elle regardait dans le vide en ne pensant à rien en particulier.
Elle fut intriguée par un point étincelant dans l’herbe. Elle détourna son regard, pensa aux reflets d’une petite goutte d’eau. Elle revint quand même sur ce point étincelant avec des battements de cœur plus forts . Elle se leva doucement, prenant son temps pour ne pas faire arriver la déception trop vite. Elle ne voulait pas croire. Serait-ce un signe ? Elle approcha de plus en plus près pendant que son cœur battait de plus en plus vite. Et elle la reconnu. Elle était là, comme délicatement posée sur l’herbe plus étincelante que jamais, sa bague de mariage. Elle la prise dans ses mains. Senti comme un souffle chaud autour d’elle. Elle leva les yeux mais il n’y avait personne. Elle remis la bague de mariage à son doigt, elle ressentit cette chaleur d’un jour de soleil de 1950.
Était-ce un signe ? Qu’il était bien là ? Il voulait lui dire ? Elle eut envie d’y croire. Cette fois ci.

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