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#J8# CaLeNdRiEr de l’AvEnT-uRe ExTrAoRdInAirE

By Inspi Pics

Photo extraite d’Inspi Pics : un concept original et plein de partage : écrire chaque mois autour d’une image publiée par la “fée biscotte”. Je vous invite à en savoir plus en naviguant ici : http://lafeebiscotte.com/category/inspi-pics/

 

Ci-dessous le récit que l’image du mois m’a inspirée :

#J8# Un conte de Noël à lire au coin du feu : l’aventure extraordinaire de deux enfants ordinaires

Il faisait froid, très froid cet hiver là. La neige parsemait de blanc les horizons.  Rien ne bougeait. Seul le souffle glacé animait les routes et faisait continuellement virevolter les poussières de flocons qui laissaient les chemins de cette campagne dans un brouillard blanc permanent. C’était sinistre, c’était l’hiver 1941 et c’était la guerre.

Surtout, c’était Noël. Presque.

Mais cette année, ce mot n’avait aucun sens, à part celui d’une inscription sur un calendrier. Ma mère m’avait prévenue : “Nous ne fêterons pas Noël”. Ton père est prisonnier de guerre. A quoi bon !”. Cela faisait un an que mon père était prisonnier. Dès le début des évènements, il avait été envoyé dans une ferme allemande pour y travailler. Il n’était pas sur les champs de bataille, cela me rassurait un peu, mais chaque matin je me demandais si je le reverrais un jour. J’avais 9 ans et je n’avais jamais imaginé cette maison sans lui. Et pourtant. Il nous envoyait une carte postale en noir et blanc tous les mois, accompagnée d’un mot bref et sans intimité au dos. J’en avais douze dans ma boite à secret. Il nous racontait la famille de fermier chez qui il avait été placé, le poulet qu’il volait pour ses autres copains prisonniers et ses soupes au pain infâme qui le laissait songer aux parfums des plats de maman. Il est parti voilà un an et maman gère la ferme dans laquelle nous vivons comme un homme, seule, pour que la vie continue.

Malgré ce froid et ce blanc, je décidais en cette fin de journée de traverser le chemin qui me séparait de mon cousin. La lampe à pétrole s’était éteinte et j’avais fini mes devoirs. Ma maman était je ne sais dans quelle bâtisse à s’occuper des animaux. Mon cousin,  c’était comme mon frère. Nous étions deux enfants uniques chacun de notre côté alors évidemment le rapprochement était simple. Lorsque j’arrivai chez lui, les oreilles et les orteils glacés, je le trouvais près du poêle entrain de rêvasser. Je l’extirpa de sa torpeur. Sa mine était triste comme l’hiver dehors. “Elle te l’a dit aussi ? Noël, ça ne sera pas cette année”. Pour un enfant de 9 ans, Noël parait parfois plus important que les soucis des grands. Je lui répondis par un sourire fade et m’assis à ses côtés près du poêle douillet. On ne disait rien. Chacun dans nos voyages extraordinaires vers des contrées où l’air serait chaud et la guerre qu’un étrange mot sans réalité. Je décida “On va chez Grand-Mère Alida? “. Émile pris le journal du jour qui traînait sur la table en chêne sous son bras et enfila ses bottes usées. Il me suivait d’un pas rapide jusqu’à la maison d’à côté. Grand-Mère Alida était entrain de filer à la poignée de sa grande armoire. Elle filait chaque jour pour faire de la laine qui prenait la forme de nos gilets chauds. Cette Grand-mère, c’était notre moment à nous. On lui lisait le roman du jour édité dans le journal quotidien et elle nous racontait toutes les histoires d’hier et d’aujourd’hui du village, des vraies et d’autres, on le savait sans ne lui avoir jamais dit, sorties de son imaginaire fougueux. Sa maison était minuscule. Il y avait une seule et unique pièce qui faisait office de cuisine et de salle à manger. Dans une alcôve, il y avait un lit où elle dormait. Tout était rangé avec précaution. La nuit devenait de plus en plus noir. Nous sommes rentrés Émile et moi chacun dans nos chaumières après avoir longuement embrassés et câlinés notre Grand-mère.

Je commençais à aider maman pour le repas. C’est qu’il y avait du monde autour de la table : moi, maman, le commis Jacky, et les parents de papa. Et encore, le midi, il y avait même le facteur qui venait nous  amener le courrier, de façon curieuse tous les jours à l’heure du déjeuner au moment où nous nous attablions. Maman n’avait jamais eu le cœur à faire celle qui ne comprenait pas et l’a toujours invité  à table. Je mettais, à chaque repas, son assiette désormais pour l’accueillir… sauf le dimanche. Malgré tous ces gens, qui ont toujours été là,  même avant la guerre, l’absence de papa se faisait sentir. Ce soir-là, maman était tendue. Ses gestes étaient brusques et son regard dur. Elle s’affairait dans tous les sens et ne voyait même pas que j’étais rentrée. Je commençais à mettre le couvert sans qu’elle m’ait vu. Maman s’arrêta net. Déposa le torchon sur la cuisinière et s’effondra sur une chaise, comme perdue. Elle mis sa tête entre ses mains et poussa un profond et lourd soupir. Je l’observais. Je n’avais jamais vu maman comme cela, abattue et vulnérable. Je me décida à me rapprocher d’elle et à l’entourer de mes bras. Je ne disais rien. Le silence apaise parfois plus que des mots. Nous pensions toutes les deux la même chose, avec des yeux différents, ceux d’une enfant et ceux d’une adulte. Elle me serra la main tout contre elle.

Maman se releva. D’un coup. Elle repartit, comme une machine, à s’affairer pour le diner. Nous dinions sans mot. Le bruit des cuillères chantonnait un air de fond permanent. Je souriais au commis Jacky. Il me répondait en tirant la langue. Ça égayait mes repas.

Nous nous endormions toutes les deux avec maman dans le même lit depuis que Papa était parti. Je pense que cela rassurait plus maman que moi-même, mais j’aimais sentir son souffle chaud sur ma nuque lorsque je m’endormais. Je caressais de ma main les cartes postales de papa que je mettais sous mon oreiller. J’avais la sensation qu’ils étaient prêts de moi ensemble tous les deux Papa et Maman. Je m’endormais paisiblement.

Le matin s’était réveillé accompagné d’un vent glacé. Il neigeait de minimes flocons qui parsemaient continuellement la route d’un voile blanc.

Nous marchions avec maman vers le champs où il y avait les vaches. Je marchais en regardant les branches des arbres dépouillées de leurs feuilles et recouvertes de cette pellicule blanche et délicate. Les branches brillaient de cet apparat naturel. Les arbres semblaient si fébriles comme cela alors qu’ils étaient si imposant. Surtout ce chêne. Maman me racontait, depuis toujours,  qu’il avait 500 ans, qu’elle l’avait toujours vu, qu’il connaissait tout de ce village avec cet âge, témoin des siècles, des amours et désamours. Je faisais le vœux de revoir mon père chaque fois que je passais devant ce chêne majestueux. Je me disais que cet arbre entendait mes vœux ses racines si profondément ancrées dans la terre, il devait forcément être connecté aux gens de ce village et aux battements de leurs cœurs.

Alors que nous marchions, quatre silhouettes s’approchaient de nous. Quatre silhouettes qui semblaient chacune d’elles portées un petit bagage à la main. Elles semblaient sorties de nulle part avec ce brouillard blanc qui nous entourait. Le village, reculé et peu peuplé, accueillait rarement des étrangers. Peu à peu, nous découvrions qu’il s’agissait de quatre silhouettes de femmes, de corpulences et d’âges si différents. Elles arrivaient jusqu’à nous, le visage éteint, les mains rouges de froid et l’habit gris et sale. Les deux plus âgées commençaient à nous expliquer qu’elles avaient fuies, que leur mari était à la guerre, qu’elles s’étaient retrouvées sans rien, qu’elles s’étaient rencontrées au hasard de leur fuite, qu’elles cherchaient un refuge et de quoi se nourrir en échange de leur main d’œuvre pour tout ce qu’il serait utile de faire, même le plus ingrat.

Je ne comprenais pas grand-chose à ce qu’elles disaient, je regardais maman les écouter attentivement. Elle n’attendit pas une seconde à la fin de la tirade des deux plus âgées. Elle prit le bagage de la plus jeune qui paraissait épuisée, sans force et maigre derrière son habit trop grand pour elle. Elle regarda la plus âgée dans les yeux en indiquant de la suivre. Je suivais derrière ces cinq femmes seules dont maman, leurs épaules trahissaient une histoire trop pénible à porter pour leur corps aux courbes douces et leurs pieds lourds laissaient une marque noirâtre sur ce blanc immaculé. Maman marchait d’un pas plus décidé. Je compris qu’elle voulait les installer dans un petite annexe que nous avions. Il n’y avait rien à part deux lits. Le puits n’était pas très loin. Les femmes s’installèrent naturellement deux par deux vers les deux lits de la pièce, les deux plus âges ensemble. Maman promis de demander à notre commis de leur rajouter une armoire qui traînait  quelque part. « Voici votre refuge, vous pouvez y rester le temps qu’il vous semblera nécessaire. Vous pouvez venir aider à la ferme si cela vous intéresse, il nous manque des bras. Ma fille et moi sommes là. N’hésitez pas. » Et voila, nous avions, sortie du chemin, quatre nouvelles compagnes autour de la table du diner. Maman m’impressionnera toujours pour cette générosité si facile.

Les quatre femmes se mirent naturellement à aider à la ferme chacune avec leurs qualités et parfois talents respectifs. La plus jeune qui avait repris quelque force faisait très bien la cuisine. Elle n’avait pas la carrure pour aller aider maman dans les champs de toute façon. Elle m’accompagnait parfois garder les vaches et me lisait des histoires qu’elle avait écrite. J’adorais son verbe et sa voix. Je l’admirais et espérais être aussi belle qu’elle quand je serais grande. Elle s’appelait Annie avait les cheveux longs, blonds et fins tandis que les miens étaient épais et noirs, mais les rêves d’une petite fille n’ont pas de limite.

Les deux plus âgées aidaient maman et le commis dans les champs. Elles avaient les épaules et les mains larges. Elles avaient déjà travaillées la terre, cela se voyait. Maman s’entendait bien avec elles. Je la voyais sourire parfois. Cela faisait si longtemps depuis au moins 12 photos de papa.

La quatrième était très discrète. Elle allait sur les marchés, aider par ci, par là. Elle ne parlait pas beaucoup et avait les yeux tellement triste. Je n’osais jamais l’aborder de peur de la voir pleurer.

Quatre femmes dans une petite bâtisse avec deux lits uniquement ne font pas très bon ménage. Très vite des disputes ont eu lieu entre elles, Surtout entre les deux plus âgées et la discrète femme. Maman fut obligé d’intervenir à plusieurs reprises pour calmer les choses. Elles ont toutes, au moins une fois, fait leur bagages en bougonnant qu’elle partait d’ici, en insultant les trois autres femmes des pires noms que je n’avais, jusqu’alors pas entendu. Cela se calmait à chaque fois, autour du diner après quelques blagues du commis Jacky pour détendre l’atmosphère.

Je ne comprenais pas vraiment pourquoi ces femmes étaient là, d’où elle venait, qu’elle était leur vie. J’en savais un peu plus sur Annie qui allait se marier avec un homme parti à la guerre. Sans parent, sa future belle famille l’avait rejetée lorsque leur fils est parti défendre le pays sous prétexte qu’elle n’était pas d’assez bonne famille et qu’elle allait gâcher l’avenir de leur fils unique. C’est comme cela qu’elle s’était retrouvée à me raconter des histoires devant des vaches distraites et peu intéressées. Elle adorait cuisiner et coudre. Elle espérait trouver une belle place dans une famille de cuisinière ou intégrer un atelier de couture. Elle hésitait et croyait à tous les possibles.

Pour les trois autres femmes, je ne posais pas de questions. Je ne cherchais pas à comprendre. Cela était comme ça.

Je continuais ma vie de petite fille. J’allais chez mon cousin Émile et nous partagions tous les jours un peu plus la déception de ne pas fêter Noël qui approchait. Nous étions triste pour nous, mais surtout pour nos mères dont nous ne verrions pas les yeux briller cette année devant le repas de Noël en famille que nous avions l’habitude de partager, de l’absence d’attention par un petit cadeau si minime soit-il. Nous partagions la déception de voir le village se refroidir comme l’hiver. De voir les cœurs devenir aussi secs que le vent, par l’inquiétude que procuraient les nouvelles des courriers qui sortaient chaque jour de la besace du facteur.

C’est alors que nous avons décidé d’arrêter d’écouter, sans chercher plus loin, nos mères. C’est alors que nous décidions qu’il y aurait un Noël quoi qu’en dise les grands car c’est nous qui allions l’organiser.

Ce fut le début de notre aventure, le début de ma vie d’adulte à neuf ans, sans m’en rendre compte, car je prenais les rênes d’une chose qui me dépassait juste pour revoir le sourire de ma mère, encore.

Nous avions mis en place notre plan point par point. Ne laissant rien au hasard.

Nous avions 10 jours pour tout préparer.

Nous nous sommes réveillés à l’aube tous les jours pour anticiper notre grande fête de Noël. Nous consacrions tous nos jeudis à cela. Il fallait que rien ne manque.

Les grands n’ont rien vu ou presque. Quelques échos de choses disparues. Les quatre femmes ont été immédiatement accusées. Nous avions pourtant fait attention à être le plus discret possible. Maman les défendait avec aplomb. “Ces femmes ne sont pas des voleuses.” Des tensions se sont créées entre voisins. Ceux qui croyaient Maman , ceux qui pensaient que ces étrangères étaient des voleuses. Je m’en voulais. J’ai voulu demander à Émile de tout arrêter. J’avais peur qu’elles partent et que la maison devienne à nouveau vide. Mais nous ne pouvions pas abandonner,  nous étions presque au bout. Nous avions décidé de fêter Noël malgré la guerre.

Tout était prêt. Il ne restait plus qu’à attendre la messe de minuit.

La messe arriva. Maman me mit ma plus belle robe et elle s’attacha un joli foulard, autour du cou, sur son manteau. Elle n’avait rien préparé pour ce jour comme elle me l’avait dit. Même pas un beau poulet, rien. Elle me prépara juste ma plus belle robe. Nous arrivions à pied à l’église en même temps que les autres personnes du village. La messe commença. Émile et moi avions fait en sorte de nous installer avec les autres enfants, assis au bout d’un banc, derrière un pilier, caché du regard de nos mères. Nous sommes sortis discrètement et avons couru au plus vite vers notre trésor caché. Nous allions chercher chez notre grand-mère Alida, derrière son minuscule jardin entre  son mur et l’enclos de sa maison, là où elle n’allait jamais, ce que nous avions caché sous des couvertures et recouverts de feuilles mortes.

Nous avons pris l’énorme sac, bien trop lourd pour nous, que nous avons fait trainer jusqu’à l’arbre. Jusqu’à ce chêne majestueux qui se trouvait sur la route du village lorsque les gens rentreraient de l’église. Malgré la nuit, il brillait de milles lumières avec ses amas blancs qui le couvraient. Nous avons disposé notre trésor tout autour du chêne et épinglé pour chacun le nom de son destinataire. Nous n’avions oublié personne. Nous avions tellement de fois recompté et recompté.

Émile avait disposé des bougies sur les premières branches de l’arbre. Ce chêne qui avait tout vu de ce village était plus beau que jamais.

Nous avions tout juste fini d’installer notre surprise que les bruits des villageois revenant de l’église se faisaient de plus en plus proches. Lorsque nous commencions à voir précisément le visage familier des premiers villageois, nous nous sommes pris la main avec Émile et avons commencé à chanter, comme prévu, notre chanson de Noël préférée : « Mon noël blanc ». Les villageois s’arrêtèrent, ne comprenant pas, ils nous regardèrent sans bouger. Nos mères s’avançaient de plus en plus, elles étaient maintenant devant la petite foule des quelques personnes que constituaient le village. Tout le monde se mit à chanter avec nous. Lorsque la chanson fut terminée, il y eu des applaudissements. Nous y avons coupé court pour annoncer notre nouvelle. « Joyeux Noël à tous. Nos papas ne sont pas là cette année et il manque pour chacun d’entre vous une personne autour de la table. Vous avez décidé de ne pas fêter noël cette année. Nous avons décidé que nous vous le fêterions quand même. Nous avons préparé un petit cadeau pour chacun d’entre vous. Joyeux Noël !! » Je vis les larmes sur le seuil des yeux de Maman. Les gens n’osaient pas s’approcher. On leur apportait leurs cadeaux un à un. Nous avions pris chez les uns des objets, des écrins, des bibelots pour les autres. Nous n’avions pas oublié les quatre femmes non plus. Avec nos yeux d’enfants, il était facile pour nous de voir ces petites choses dont les grands ne se servent pas pour les offrir à d’autres.

J’ai offert à maman un cadeau tout spécial un album des douze cartes de papa et leur histoire d’amour écrite par Annie. Je lui avait montré les photos de mariage, d’elle et papa plus jeunes, je l’avais fait parlé avec grand-mère Alida du côté de maman et mes grands-parents du côté de papa. A partir tout cela, elle avait écrit une nouvelle sur leur histoire. Maman me serra si fort dans ses bras. Me couvrant de baisers. Je vis son sourire, je vis les yeux des gens briller. Nous avions eu notre Noël.

5 thoughts on “#J8# CaLeNdRiEr de l’AvEnT-uRe ExTrAoRdInAirE

    1. Merci pour ce gentil mot qui me touche. Je suis contente de savoir que tu as passé un joli petit moment d’évasion.
      N’hésite pas à aller sur la page des contes à bijoux, tu en trouveras quelques autres. Je te souhaite une bonne lecture.
      Merci pour ta visite et ton mot.
      Bel après-midi !

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