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Boule à neige : rêves d’hiver

crée en décembre 2014 Pâte polymère Pot hermétique Paillette grise Galon rouge
crée en décembre 2014
Pâte polymère / FIMO
Pot hermétique
Paillette grise
Galon rouge

C’était un desert de sable, sec et aride, sans aucune vie possible. Cette terre séparait deux mondes qui n’avaient jamais pu se rencontrer. C’était le dessert de Goetlander. Les gens l’appelaient la traversée de la mort. Ni à pied, ni en voiture, ni en avion. Une tempête sans fin régnait sur cet horizon noir qui empêchait toute tentative de traversée. Il y avait donc d’un côté le peuple du jour et de l’autre le peuple de la nuit. Le soleil brillait vingt-heure sur vingt-quatre sur l’un. L’autre avait droit aux quatre heures de lumière restantes. Les populations inventaient des légendes sur chacune des peuplades qui habitait de l’autre côté de la traversée de la mort sans que jamais une n’ait pu voir l’autre. Goetland façonnait le monde en deux hémisphères hermétiques et impénétrables. Un phénomène cosmique que les scientifiques n’arrivaient pas à expliquer.

La terre du peuple du jour était une terre verdoyante et chaleureuse. Les gens y étaient bien portants et heureux. Le soleil permettait la culture.

La terre du peuple du noir était une terre terne, la culture y était très difficile du fait du peu de lumière. Les racines étaient les mets principaux des habitants. Les gens n’y étaient pas malheureux, puisque ne connaissant rien d’autre, mais les malnutritions et les morts infantiles y étaient monnaie courante.

Chez le peuple du jour, un jeune garçon nommé Martin commença, un jour d’ennui, à creuser la terre de son jardin, avec l’idée en tête de se faire une piscine pour les vacances, sans avoir bien compris qu’un trou ne suffisait pas à ce genre d’œuvre. En creusant de force acharnée pour son jeune âge, il tomba sur une vieille bouteille en verre. Il voulut la sortir pour la jeter parmi les quelques autres débris trouvés. Mais, intrigué par la forme de cette bouteille, il l’a dépoussiéra grossièrement et vu qu’il s’agissait en réalité de ces vieilles et démodées boules à neige comme il en traînait chez sa grand-mère. A y regarder de plus près, il vit qu’il ne s’agissait pas de neige qui tombait en scène de décor mais de sable, un sable très brillant et très fin. Il décida de ne pas jeter ce petit trésor fruit de son travail et mit la boule à sable de côté. Le soir après le dîner et surtout après une sacrée soufflante de son père qui s’était aperçu du jardin défiguré pour une piscine imaginaire, Martin prit sa boule à sable dans ses mains pour l’observer de plus près. Quelque chose l’intriguait en elle mais il ne savait pas bien quoi. Il joua avec elle jusqu’à s’endormir en la tournant à intervalle régulier admirant le sable tournoyé autour de quelques personnages immobiles qui ressemblaient à des touaregs d’un autre temps.

Une semaine passa ainsi. Martin oublia peu à peu sa trouvaille et l’a laissa de côté s’amasser de poussières. Au journal d’information, des journalistes spécialisés dans le Goetlander expliquaient que des phénomènes étranges apparaissaient encore dans cette terre indomptable. On avait notamment vu émerger des fleurs il y a quelques jours de cela qui avaient aussitôt disparues le lendemain. Cette terre était telle, mystérieuse et capricieuse que personne n’essayait trop de comprendre les réactions de cette frontière de sable.

Le jour des grandes vacances arriva chez le peuple du jour. Martin préparait sa valise pour aller rejoindre sa grand-mère. Il décidait de prendra sa vieille boule à sable pour lui offrir. Une fois chez elle, il sortit son cadeau pour lui offrir. Alors à tous deux, ils commencèrent à la tourner et à la retourner pour admirer les paillettes de sable tombant lentement sur ces soldats du soleil. Le petit garçon et sa grand-mère trituraient cette boule à sable tous les jours, attirés par la vision de ces grains de sable lumineux virevoltants. Au journal d’information, parmi toutes les nouvelles quotidiennes un nouveau flash sur le Goetlander fit son apparition avec le renouvellement d’une poussée de fleurs blanches au milieu du sable. Ces fleurs ne mouraient pas cette fois, elle se multipliaient, elles colonisaient de leurs belles pétales des kilomètres de sable de Goetlander. Cette étendue de fleurs inexplicable au milieu de ce sable brûlant et indomptable continua encore et encore. Personne n’osait encore s’aventurer pour y voir de plus près. Goetlander était l’enfer de la mort, ces fleurs étaient un appât maléfique selon les contes qui commençaient à naître et à se transmettre dans chacun des peuples.

Martin et sa grand-mère écoutaient inquiets ces fleurs pousser à la radio- puisqu’il était impossible même de filmer cette terre de Goetlander -. Rien de ce qui se passait sur Goetlander ne pouvait être beau ou rassurant.

Lorsque la rentrée des classes approchât Martin rentra chez lui. Il laissa sa boule à sable chez sa grand-mère. C’était son cadeau. Les jours passèrent. Les nouvelles de Goetlander indiquaient que les fleurs commençaient à disparaître alors peu à peu sans explication encore.

Martin ressentit alors comme un écho en lui. Une idée folle lui traversa la tête. Il appela sa grand-mère tout fébrile et honteux même de penser une chose pareille. Il lui fit part de son idée. Celle-ci rit aux éclats mais voulant faire plaisir à son petit fils s’exécuta. Elle secoua de toute sa foi une fois par jour la boule à sable. Ce que Martin pensa arriva. Les fleurs recommencèrent à pousser. Tous deux avec sa grand-mère n’en revenaient pas. Il n’y avait aucune autre explication que celle du mystère de Goetlander.

De jour en jour et de mois en mois le sable de Goetlander disparu peu à peu pour laisser place à une étendue verdoyante de fleurs blanches lumineuses. A la force du poignée de Martin et de sa grand-mère, à la force de leur ténacité et de leur croyance en cette boule de sable ils avaient réussi à faire de Goetlander une frontière fleurie et ensoleillée. La traversée n’était plus mortelle. Les scientifiques n’expliquaient pas ce qu’il s’était passé. Le peuple du jour et le peuple de la nuit ont pu pour la première fois depuis des millénaires se rencontrer et construire un monde ensemble.

Martin et sa grand-mère secouèrent tous les jours de leur vie cette boule à sable et gardèrent le secret aussi longtemps qu’il fût possible de peur de faire tomber en sable cette floraison magique. Martin ne dévoila le secret qu’une fois dans sa vie, à son fils, qui n’avait jamais connu Goetlander, le jour de sa mort dans une lettre manuscrite pour lui expliquer ce à quoi chaque jour il devait penser pour continuer à préserver le monde d’une terre meurtrière et d’un peuple désuni. Le fils ne sut jamais si cette histoire était issue de la sénilité de son vieux ou d’une étrange histoire vraie. Quoi qu’il en soit, il secoua tous les jours de sa vie cette boule à sable et fit le même don de ce secret à ses enfants.

Aujourd’hui et depuis plusieurs décennies plus personne n’a jamais revu Goetlander émerger des tréfonds de la terre, sans savoir que cette ère de paix était due à la ténacité d’un petit garçon qui souhaitait se construire une piscine un jour d’été.

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